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Construction - Pourquoi faut-il définir des tolérances ?

Sur l’ensemble des cas de pathologies qui arrivent à la division « Avis techniques et consultance » du CSTC,  10 à 15 % tournent autour de questions de tolérance et d’aspect. Luc Firket est bien placé pour le savoir, il y travaille et collabore d’ailleurs, avec quatre autres collègues, au développement d’une Antenne-Normes exclusivement consacrées à cette question (Antenne-Normes « Eye Precision ») !

Interprétations et divergences, tout est possible lorsque les textes ne sont pas suffisamment précis. Chacun voit les choses en fonction de ce qui lui convient le mieux, une faille par laquelle il est facile de s’engouffrer.

 Cet expert propose donc quelques points de vigilance.

(In)Cohérence

Pour certains sujets, il arrive que des publications soient contradictoires (par exemple, des NIT du CSTC et des documents extérieurs comme des cahiers de charges types). Au sein même des NIT, l’évolution rapide des matières a pu générer des incohérences. Dans les années 70-80, le contenu des NIT, moins développé, ne comportait pas une vision d’ensemble. Depuis lors les méthodes ont évolué. Les NIT sont aujourd’hui supervisées par un Comité de lecture pour améliorer la cohérence d’ensemble des documents.

Il est donc plus judicieux de savoir à quel document faire référence et, dans ce document, à quel(s) point(s) particulier(s) que d’établir, sous l’effet parapluie et sans discernement, une liste renvoyant à la quasi-totalité des documents existants.

Fausses certitudes

Pour d’autres sujets, l’absence de documents de référence génère un flou qui ouvre la porte à toutes les interprétations, une situation très désagréable.

  • Monsieur Firket prend l’exemple de l’enduit. Nous avons déjà tous entendu la formule : « enduit intérieur prêt à peindre », peut-être même l’avons-nous déjà utilisée … Or, un enduit est prêt à peindre à partir du moment où il y a une cohésion suffisante pour que la peinture adhère correctement mais cela ne définit nullement son état de surface. En résumé, c’est une dénomination parfaitement imprécise !

  • Il en est de même avec « l’effet miroir » des revêtements de sol lissés. Croyez-vous vraiment vous y mirer sans déformation ? Non. Il est essentiel que le maître de l’ouvrage soit bien informé : dans la réalité des faits, ce genre de résultat n’est pas garanti.

  • Pensez-vous qu’il soit suffisant de définir un bâtiment résidentiel « haut de gamme » pour que l’entrepreneur (ou le sous-traitant du sous-traitant) soigne ses finitions ? Non, les prescriptions du cahier des charges doivent être précises, contraignantes et adaptées aux exigences du propriétaire et il ne faut par ailleurs pas perdre de vue que le coût des travaux sera également en rapport avec le résultat souhaité.

Bonne information

Les auteurs de projet et les experts doivent se tenir correctement informés (c’est d’ailleurs la raison d’être du site de l’Antenne-Normes « Eye Precision » mentionné ci-dessus et actuellement en cours de finalisation).

Un exemple typique est celui des revêtements de sols industriels où la classe de tolérance par défaut en planéité est assez large (9 mm sur une règle de 2 m). Elle tolère donc des ondulations qui ont leur raison d’être compte tenu de la technique de mise en œuvre utilisée. Imaginons maintenant un stockage de grande hauteur et son équipement logistique. Il est clair qu’une telle planéité est carrément insuffisante et va donner lieu à des problèmes de basculement de transpalette. L’auteur de projet doit être informé de ces différentes classes d’exigences dont certaines sont définies par défaut - Il existe en effet 4 classes dans ce domaine – et adapter son niveau d’exigence en fonction de l’utilisation du bâtiment et des attentes du maître de l’ouvrage.

Contrôle

Un autre point important est celui du matériel de mesure et des méthodes de contrôle.

Le moyen de contrôle est-il approprié ? Ou s’agit-il d’un spot posé à ras d’une paroi pour mettre en évidence le moindre défaut de planéité ? D’un mètre pliant poussé devant soi pour buter sur un éventuel désaffleurement entre carreaux ?

Pour tout ce qui est parachèvement, l’éclairage rasant ne peut pas être utilisé comme critère d’acceptation ou de refus. Si ce mode d’éclairage permet de déceler un problème éventuel, la deuxième étape consiste à mesurer avec le matériel approprié dans les conditions d’observation requises et à vérifier si le résultat se situe dans les limites prévues.

L’appréciation de l’aspect doit se faire de façon telle qu’il faut réduire autant que possible son caractère subjectif.

Le contrôle doit être réalisé à chaque étape des travaux. Trop souvent, c’est le dernier intervenant qui « en prend pour son grade » alors qu’il dit avoir constaté sur place que le travail n’était pas correctement effectué. Il a dû rectifier « au mieux ». Ce n’était probablement pas prévu dans son offre et le résultat final peut-être pas celui attendu.

 

En conclusion

Le rôle d’auteur de projet est déterminant tant au niveau des prescriptions que de l’information au maître de l’ouvrage et la détection de ses besoins.

Dans la construction, la perfection absolue est impossible et il faut tenir compte des aléas de la mise en œuvre sur chantier. C’est pourquoi les tolérances ont toute leur importance.

 

 

* Pourcentage établi sur la période 2000-2009

 

Source : « Les tolérances et l’aspect dans la construction », L. Firket, Chef-adjoint de la Division Avis techniques et consultance (CSTC), journée pédagogique 25/10/2016, Limelette
Source de la photo utilisée à titre d’illustration : pixabay.com (CC0 Public Domain - Libre pour usage commercial - Pas d'attribution requise). Son utilisation n'engage en rien l'auteur sur un soutien ou un entérinement éventuel du contenu de l'article.

 

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