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Le marbre de Rance ou la fierté du métier

Rance, un village paisible situé dans la botte du Hainaut, à quelques pas de la frontière française.

Si aujourd’hui, l’activité industrielle de la localité est relativement calme, il n’en a pas toujours été ainsi. En 1608, le Duc Charles de Croÿ exploitait une carrière à Rance, où l’on y trouvait un marbre de couleur rouge, rayé de veines et de taches blanches et bleuâtres, que l’on polissait avant d’être expédié auprès du Roi du Danemark ou d’autres princes et seigneurs voisins. Peu après, c’est Rubens qui choisit le « marbre rouge belge » pour l’extension de sa maison à Anvers ; mais le marbre de Rance a surtout trouvé sa place dans de grandes constructions telles l’église Saint-Charles à Anvers ou la cathédrale d’Amiens, et même le Château de Versailles où bon nombre de pilastres de la galerie des glaces et de manteaux de cheminées proviennent de Rance.
Au 19ème siècle, Rance devient célèbre pour ses pendulières en marbre ; le support en marbre rouge renfermait une horloge, et l’ensemble trônait fièrement sur les pieds de cheminées des grandes demeures.

 


C’est dans ce domaine de marbrerie pendulière que travaillait mon arrière-grand-père, Augustin Bossart. « Il naquit à Rance le 10 juin 1860. Fils d’une humble et laborieuse famille du village où les bonnes mœurs ancestrales étaient en honneur, il fut mis en apprentissage à l’âge de 12 ans, chez Emile Canivet, l’un de nos anciens patrons marbriers où les méthodes traditionnelles du travail à la main étaient scrupuleusement observées. Travailleur consciencieux et appliqué, il entra ensuite à l’usine Jules Rolez où les ouvrages de choix et les nouveaux modèles de pendules lui furent confiés pendant plus de 50 ans. » (1)
« En 1930, le Comité de l’exposition du Travail à Bruxelles désigna notre respectable concitoyen, Monsieur Augustin Bossart, comme doyen des marbriers belges. Le collier symbolique, joyau artistique et de valeur, lui fut remis solennellement en présence de Sa Majesté le Roi et de la Famille Royale. » (1)
Par la suite, l’activité du marbre de Rance s’est progressivement éteinte : les usines ont été démolies, les carrières envahies par la végétation, l’école de marbrerie reconvertie. Et un jour d’avril 1939, « Augustin Bossart, Doyen des Métiers Belges n’est plus. Le travail artistique du marbre perd son représentant le plus qualifié. » (2)

 


(1) Extrait de la lettre de Mr Paul Lacoste, Commissaire Général du Gouvernement, écrite à l’annonce du décès d’Augustin Bossart.

(2) Extrait du discours de Mr le Bourgmestre Ernest Challe au cimetière de Rance.


Que retenir de ce moment d’histoire ?


A l’époque de mon arrière-grand-père, le curé, le médecin et l’instituteur du village (métier de mon grand-père, Fernand Bossart) étaient considérés comme fiers symboles de réussite sociale. Cela n’empêchait toutefois pas de mettre à l’honneur les métiers techniques et artisanaux, qu’il s’agisse de l’ébéniste, du forgeron ou du marbrier, avec la même intensité de fierté.
De nos jours, les formations qualifiantes sont souvent considérées comme filières de relégation, alors qu’elles mènent directement à l’emploi, dans des métiers passionnants sans cesse en évolution.
Nous vivons en Wallonie un terrible paradoxe. D’une part , des entreprises en quête de compétences qualifiantes ; ainsi, dans le secteur de la Construction, une dizaine de métiers sont chaque année en demande, allant de la couverture toiture à l’électricité, en passant par le chauffage-sanitaire ou les métiers émergents liés au développement durable. D’autre part, un nombre important de demandeurs d’emploi ; parmi eux, 26% de jeunes de 18 à 25 ans. Il y a donc urgence de mener des actions concrètes visant à une meilleure adéquation entre offre et demande de compétences, et cela passe avant tout par une revalorisation des formations et métiers qualifiants.


Je suis fier de mon arrière-grand-père. Il a fallu ensuite attendre trois générations pour que l’on reparle de formations qualifiantes dans la famille, et je suis tout aussi fier de voir mes trois enfants épanouis dans des métiers techniques passionnants et porteurs d’avenir !


Eric Bossart,
l’arrière-petit-fils.

1er mars 2014.

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