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Notre-Dame de Paris, un savoir-faire exemplaire pour la construction - Au départ, une catastrophe ! (1/2)

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Autour de Notre-Dame de Paris, une multitude s’active. Des équipes la consolident. Certains la filment, d’autres en racontent l’histoire ou encore la projettent dans un futur flamboyant. Venez faire un tour dans cette fourmilière.

Le fil rouge de cet article en deux volets sera le temps. Le premier tournera autour aujourd’hui, le second tentera de relier hier et demain.

Nous nous permettrons d’étaler le présent sur un peu plus d’un an, de l'incendie jusqu'à nos jours. Cette légère distorsion temporelle est négligeable par rapport aux 850 ans du sujet.

 

1. La catastrophe

fleche-en-feu-Notre-Dame-de-Paris-15-avril-2019-by-guillaume-levrierLe 15 avril 2019, Notre-Dame de Paris s’embrase. Les forces se déchaînent et les conséquences sont terribles :

  • le feu → les toitures sont dévorées tout comme la charpente médiévale. Les 1000 chênes de cette « Forêt de Notre-Dame » avaient pourtant su traverser le temps, témoins silencieux du savoir-faire des charpentiers d'autrefois:
  • l’eau mal nécessaire, les lances des pompiers laminent le mortier et les voûtains. Heureusement, tous les efforts sont faits pour ne pas pulvériser les vitraux. Malgré la possible protection des enduits, l’eau imprègne à coeur le bâtiment et le temps de séchage est estimé à plus de 2 ans. Au-delà des efforts liés à la puissance des jets d’eau, sa seule présence surcharge les structures.
  • la pierre l’effondrement de la flèche de Viollet-le-Duc détruit une partie des voûtes de la nef et fracasse celle à la croisée du transept. Les éboulis attestent de la violence du choc. Par chance, ses 16 statues venaient d’être enlevées pour partir en restauration. Le coq en cuivre resté perché à la pointe survit au sinistre.
  • le métal la vaporisation du plomb de couverture sous l’effet de la chaleur sera à la source d’une grave pollution environnementale.

Des équipes étaient sur place pour des travaux de restauration mais la cause du départ de feu reste, à ce jour, inconnue : malveillance (a priori écarté), négligence, accident, mégot, étincelle, … ? L’enquête est toujours en cours. Aujourd’hui, c’est un tout autre chantier qui prend le relais.

 

2. La robotique

Il s’appelle Colossus. Le 15 avril, appelé en renfort, il pénètre dans le brasier. A la différence de ses collègues, les pompiers de Paris qui ont d’ailleurs participé à son développement, c’est un robot et il pèse 500 kg. Il est en service dans l’équipe depuis 2 ans à l’époque. Son intervention a permis un angle d’attaque inédit mais décisif pour faire baisser la température à l’intérieur même du bâtiment.

Ce robot-pompier d’origine française (Shark Robotics - La Rochelle) remplace l’homme dans des situations jugées trop dangereuses. Il est piloté à distance, facilement selon les utilisateurs. Son équipement est très complet, pour ne citer qu’un canon à eau (jet direct ou élargi), une caméra thermique, des projecteurs, des chenilles tout-terrain pour franchissement d’obstacles comme un escalier, … La vidéo ci-dessous montre son intervention dans Notre-Dame. Même si les images sont enfumées, elles n’en restent pas moins impressionnantes. Elles sont suivies d’une présentation de ses fonctionnalités.

A noter que la zone de secours Hainaut-Est (Charleroi) dispose depuis un an de ce robot.

Voilà un équipement qui trouve parfaitement sa place dans le monde de la construction : pour des tâches dangereuses, de la manutention, … soit en tant qu’élément extérieur ou sous forme d’exosquelette. Des robots seront d'ailleurs utilisés pour déblayer les décombres, notamment parce qu'ils sont contaminés.

 

3. La pollution

Lorsque 460 tonnes de plomb se mettent à fondre, les répercussions sont inévitables. Avec retard, l’alerte est lancée : pollution au plomb, une catastrophe dans la catastrophe. Comme souvent lors d’un événement de ce type, les informations sont contradictoires, les unes alarmistes, les autres rassurantes. Chacun brandit une étude qui appuie sa cause. Difficile de démêler le vrai du faux, de confiance garder.

Quoi qu’il en soit (parce que ce site n’est pas dédié à la polémique), le plomb a fondu, coulé, s’est vaporisé, a contaminé la cathédrale et son voisinage. La décontamination, et à tout le moins la surveillance, du périmètre seront obligatoires.

Durant les trois premiers mois, les intervenants seront exposés et il faudra l’intervention de l’Inspection du travail auprès du Préfet pour que le chantier soit finalement suspendu. Trois semaines seront nécessaires pour livrer et mettre en place matériel, équipement et procédures. Le 19 août 2019, c’est la reprise avec un nombre restreint d’ouvriers et des recommandations strictes de l’Inspection du travail.

L’objectif est double :

  • garantir leur sécurité ;
  • éviter la dispersion supplémentaire de poussières dans l’environnement.

La décontamination est désormais à l‘ordre du jour. Essuyer ou gratter le plomb qui contamine tout l’édifice est impossible, d’autant plus que les matières et supports diffèrent. Dans certaines pierres, il a pénétré jusqu’à un demi centimètre de profondeur.

Déjà au chevet de l’édifice pour les mesures conservatoires dès le lendemain de l’incendie, le Laboratoire de recherche des monuments historiques (LRMH) prend le problème à bras-le-corps : prélèvements, analyses, diagnostics et bilans, recherche de solutions, tests en labo, sélection, tests in situ, re-sélection, … sont autant d’étapes dans le long chemin de la réhabilitation. Pour le traitement des pierres, une méthode au rayon laser avec une machine reçue des Etats-Unis semble se détacher du lot.. Vous le verrez dans le documentaire d’Arte.

Quant aux ouvriers qui interviennent en zone contaminée, comme pour la pose des planchers provisoires au niveau de la voûte, ils doivent désormais respecter un protocole plus sévère et contraignant : entrée unique, badges, passage par une unité de décontamination, utilisation de vêtements de travail jetables plutôt que de combinaisons étanches, suivi sanitaire (plombémie), ...

Du matériel supplémentaire viendra compléter les installations à l’automne 2019. Six mois après l’incendie, le chantier est considéré comme « sous cloche » et le nombre de personnes autorisées peut retrouver un cours plus normal. Une étape importante vient d’être franchie car tout retard est préjudiciable à la sauvegarde. C’était sans compter un autre invité indésirable … un virus !

Seule une partie du parvis, toujours contaminé, a été rouverte au public le 31 mai dernier. L’article d’Actu-Environnement sur le sujet fait état d’une communication de l’Agence Régionale de Santé (ARS) : « Les derniers nettoyages et les fortes pluies de début mai montrent que la résine posée sur le parvis permet un nettoyage à l'eau efficace. ». Mais ce plomb délavé par les pluies, où est-il allé ?

 

4. Le chantier

Parler du chantier est réducteur parce qu’il y a plusieurs chantiers simultanés voire imbriqués et ce, avant même toute idée de reconstruction :

  • sécurisation du bâtiment, de l’échafaudage existant, des interventions humaines ;
  • pose d’un monitoring;
  • consolidation et renforcement structurels ;
  • déblayage des décombres, tri, analyse, identification, répertoriage ;
  • démontage de l’échafaudage et des débris calcinés de charpente ;
  • déplombage ;
  • scientifique et historique ;
  • criminel ;
  • ...

L’urgence ne fait aucun doute. Notre-Dame est encore en feu que les premières décisions tombent. L’élan de solidarité est international. La sécurisation est une priorité. Dès le lendemain, des entreprises se mobilisent pour fournir les matériaux nécessaires aux premiers travaux de consolidation dont Artbois, une société wallonne. Elle détourne une commande pour livrer des poutres en lamellé-collé indispensables à la consolidation des murs. Les interventions se succèdent : pose de filets, de bâches remplacées par la suite par un plancher, ... L’échaudage existant est corseté de poutres métalliques et un autre, plus léger, vient l’encadrer. Des ascenseurs et garde-corps sont posés pour faciliter (et sécuriser) l'intervention de cordistes.

Les conditions de travail sont difficiles. La météo n’est pas favorable. La pollution au plomb et le coronavirus ont encore compliqué la partie. Ce sont peut-être quelques-unes des raisons qui créent ce lien très fort entre les différentes équipes.

Mi-février 2020, la plateforme mobile qui permettra l’inspection de la voûte et le démontage des restes de la charpente a pu enfin être montée. Ce diagnostic est vital pour faire un bilan stabilité et, si nécessaire, prendre des mesures supplémentaires afin d’empêcher que l’échafaudage fondu ne s’écroule avant d’être démonté ou la cathédrale avant que la toiture et la charpente ne soient reconstruites.

Début mars 2020, des tests de démontage de l’échafaudage ont été réalisés. C'est bon ! Alors que le démontage devait commencer à la fin du mois, le confinement a tout arrêté. Le chantier prend encore du retard. Il faudra attendre le début  juin pour que débute l’épineux démontage. Trois chiffres suffiront à décrire la difficulté de l’intervention : 200 tonnes, 40.000 pièces, 40 mètres de haut (pour la moitié d’entre elles).

Le chantier de restauration devrait commencer, quant à lui, au mieux en 2021.

 

5. Le documentaire

Dans le documentaire sur « La reconstruction de Notre-Dame » qu’Arte diffuse jusqu’au 30 juin 2020, vous trouverez ces sujets largement évoqués. Il démarre à l’incendie jusqu’à la mi-mars 2020. Ce parcours dans le temps et sur le chantier s’accompagne du témoignage de quelques acteurs :

  • Philippe Villeuneuve. Architecte en chef en charge de la cathédrale depuis 2013, il gérait les travaux de rénovation débutés en 2018 et prévus pour 10 ans. Lui qui de ses propres mots se considérait comme un « restaurateur en chef » devient en quelques heures « sauveteur en chef ».
    La caméra le suit parmi ses équipes ou sur le chantier … jusqu’au restaurant du coin où un repas de midi pris sur le pouce permet de faire un bilan quotidien entre les intervenants. Il évoque son travail, ses émotions, son sens du devoir et des responsabilités, son grand respect pour Notre-Dame ;
  • Emilie Fleury. Elle dirige le chœur d'enfants de la Maîtrise de Notre-Dame de Paris, toujours au rendez-vous même si les prestations sont délocalisées. L’enthousiasme, bien présent, ne suffit pas à compenser la perte de revenus (les touristes qui constituaient 50 % du public n’ont pas suivi) et empêcher les licenciements ;
  • Véronique Vergès-Belmin, géologue. Elle travaille au Laboratoire de recherche des monuments historiques (LRMH) au sein d’une équipe pluridisciplinaire et s’occupe plus particulièrement des problèmes liés au plomb. Après une phase de diagnostic (toxicité, contamination, support, …), elle recherche et teste les méthodes qui pourraient être utilisées pour le déplombage.

 

 ... A suivre : Notre-Dame de Paris, un savoir-faire exemplaire pour la construction - Un vrai défi ! (2/2) ...

 

 

Sources :
- www.shark-robotics.com
- « Notre-Dame de Paris : le robot-pompier qui a sauvé l'édifice », 27/04/2019, www.francetvinfo.fr
- « Bienvenue au LRMH, clinique des monuments historiques », Lina Trabelsi, 06/09/2019, www.batiactu.com
- « Plomb à Notre-Dame: "les mesures sont très rassurantes" (Mairie de Paris) », Lina Trabelsi, 28/08/2019, www.batiactu.com
- « Paris : la très forte pollution au plomb est bien liée à l'incendie de Notre-Dame », Laurent Radisson, 21/10/2019, www.actu-environnement.com
- « Le parvis de Notre-Dame rouvre malgré la pollution au plomb », Laurent Radisson, 02/06/2020, www.actu-environnement.com
- « Plomb à Notre-Dame de Paris : le bilan six mois après l'incendie », Sciences et Avenir avec AFP , 14/10/2020, www.sciencesetavenir.fr
- « Des poutres wallonnes pour consolider une façade de Notre-Dame », 17/04/2019, www.rtbf.be
- « Notre-Dame de Paris: début du démontage de l'échafaudage », 07/06/2020, www.batirama.com
- « Bienvenue au LRMH, clinique des monuments historiques », Lina Trabelsi, 06/09/2019, www.batiactu.com
- « ARTE Regards - La reconstruction de Notre-Dame », 2020, www.arte.tv
Source des photos utilisées à titre d’illustration (leur utilisation n'engage en rien les auteurs sur un soutien ou un entérinement éventuel du contenu de l'article) :
- intro 1 -> pixabay.com (CC0 Public Domain - Libre pour usage commercial - Pas d'attribution requise).
- intro 2 -> « Vue de la cathédrale Notre-Dame de Paris 4 mois après l'incendie survenu en avril 2019, à Paris », Florian Pépellin (travail personnel), 16/08/2019, Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International licence, commons.wikimedia.org
- corps -> « Photographie prise depuis le Pont Saint Louis de la flèche de la cathédrale Notre Dame lors de l'incendie du 15 avril 2019 », Guillaume Lévrier (travail personnel), 15/04/2019, Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International licence, commons.wikimedia.org

 

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